Car on ne suivra jamais de leçon pour apprendre le chemin de la vie. Ne serait-ce que le cour d'eau qui nous sert de fleuve pour naviguer, en espérant ne jamais ramer sans destiné, où nous risquerions de tanguer & de chavirer. Car nous savons que l'on peut facilement échouer.
Senlis, le 22 octobre 2007,
Ma chère,
Ton silence est incroyable. Un quelque chose d'impalpable qui tourne autour de moi. Tard, il est tard dans ton absence et j'ai froid. Impossible de dormir et de t'oublier. Mon corps le voudrait pourtant. Je me recroqueville comme un bébé. Mes paupières sont lourdes mais ma main te pense encore. Tu es de ces souvenirs avec lesquels il faut vivre. Bon gré, mal gré. Je garde le meilleur de nous pour continuer à avancer. Car mon espoir avance que je le veuille ou non. Je ne sais pas pourquoi. J'espère que cela te soulage. Les peines se dissipent. Toujours. Comme les nuages. Il faut du temps. Il faut se connaître. On est seul au monde. Surtout avec les autres. Les gens s'évitent. Idiots. Si je n'avais jamais levé la tête, je ne t'aurais jamais croisée. Ta solitude a soulagé la mienne. Ma solitude a adouci la tienne. Je le sais maintenant. On n'est jamais Un. On est toujours Deux. La passion est absurde. C'est l'utopie de croire que l'on peut s'oublier face et à travers l'autre. Elle est dévastatrice et ronge petit à petit les sentiments. Je l'ai compris après toi. S'unir ne veut pas dire se confondre et s'oublier. Il faut que chacun puisse exister pour apporter quelque chose à l'autre. Cela ne doit pas être un besoin ou une envie. Cela doit être une vocation. Une évidence. Tu remarques que j'ai encore des idéaux. Pleins. J'ai des moments de faiblesse aussi. J'ai des tâches de toi sur ma peau. Tu es une raison de mes sombres défauts. Je dois en finir avec toi. J'en connais qui s'évadent de leurs douleurs grâce à des choses légères. Je ne le vois pas comme ça. Je crois qu'il faut exorciser. Te lâcher entièrement pour repartir. Cela m'aide. Entendre la peine des autres aussi. Cela me rassure même. D'autres l'ont vécu, d'autres le vivront. Je vais mieux maintenant, je vais mieux sans toi. C'est bizarre à dire mais tellement vrai. Je me sens prêt à rencontrer, à toucher, à goûter. Mais malgré cette renaissance, d'autres obstacles restent à franchir. Leurs apparences, leurs préjugés. Je dois réapprendre les jeux de séductions, s'ignorer pour s'attirer, se fuir pour se suivre... je suis fatigué de tout cela. Je veux être sincère. Dire les choses simplement plutôt que de les retenir et à force, ne plus savoir les dire. Je ne veux plus me retenir. Jamais. J'ai trop à donner. En plus, je dois t'avouer que je L'ai trouvée. Je L'ai rencontrée récemment. Je dois La revoir. Je veux La revoir. Il faut que je L'appelle. J'espère qu'Elle viendra. Je pense qu'Elle viendra. Je garde toujours ma naïveté dans ces moments-là. Tu sais tout ça. Je reste un enfant. Je crois aux humains. Jusqu'à ce qu'ils me déçoivent. Je leur laisse toujours une chance. Je sais de quoi l'on est capable. Cela ne tient qu'à nous. Si chacun fait de son mieux, nous avancerons. Je suis sûrement utopiste mais je préfère vivre comme ça. Je veux sauver mon monde. Le tien aussi. Surtout le Sien. Je ne t'ai pas tout dit sur Elle. Je ne suis pas le seul à La convoiter. Je sais qu'un autre traîne. Elle choisira. Lui ou moi. Peu m'importe. Il faut qu'Elle soit heureuse. Elle le sera. J'espère que toi aussi. Ton mari et tes enfants aussi. Je vous protège de là où je suis. Je ne sais pas si vous le ressentez. Je vous pense si souvent. Tu m'as tout appris. Comment toucher. Approcher. Adorer. A ne jamais faire de mal. A dire les choses. Simplement. Je Lui dirai quand je La verrai. Tu m'as fait comprendre que la vie avait un sens. C'est Elle. Je L'ai rencontrée récemment mais je sais que je La connais depuis longtemps. Si longtemps.
Je te serre et t'embrasse,
Grégoire.